Dans les Landes, entre les pins, les lignes de bus scolaires et les terrains de rugby, une autre forme de terrain d’entraînement est en train de changer la donne pour des ados en galère avec l’école. Des collégiens de 5e à 3e, catalogués comme “décrocheurs potentiels”, ressortent des vestiaires avec les gants encore serrés, le souffle court… et un truc qui commençait à disparaître : l’envie de revenir en classe. Le kick-boxing et la boxe muay-thaï, intégrés à des ateliers relais, ne sont pas là pour former des champions du monde. Ils servent à quelque chose de plus basique et de plus vital : leur redonner un cadre, une discipline, un mental de boxeur capable de revenir sur le ring scolaire au lieu de fuir.
Ces ateliers, montés autour du collège Léon-des-Landes en lien avec des établissements de Dax, Saint-Paul-lès-Dax ou Tartas, reposent sur un rythme simple mais puissant : théorie le matin, pratique l’après-midi, avec un mix entre arts plastiques, skate, cinéma… et surtout sports de combat. Le mercredi, retour dans le collège d’origine pour faire un point, se situer, voir si les gants commencent à déteindre sur les cahiers. Autour d’eux, des adultes qui parlent vrai : un ancien joueur de rugby, des éducateurs, des instructeurs du Dax Fight Club. Pas de grands discours pédagogiques, mais des rappels clairs : respect, règles, engagement. Cette passerelle entre ring et salle de classe ouvre un autre langage, plus physique, plus concret, que beaucoup de ces ados comprennent enfin.
- Kick-boxing et muay-thaï intégrés à des ateliers relais dans les Landes pour lutter contre le décrochage scolaire.
- Collégiens de 5e à 3e en difficulté, issus de Dax, Saint-Paul-lès-Dax, Tartas et alentours, suivis dans un emploi du temps aménagé.
- Matin en cours théoriques au collège Léon-des-Landes, après-midi en pratique hors les murs : sports de combat, skate, cinéma, arts plastiques.
- Dax Fight Club impliqué via une convention avec la direction du collège pour proposer un entraînement de boxe orienté social, pas seulement sportif.
- Objectif : canaliser l’énergie, réinstaller la discipline, recréer du lien avec l’école et prévenir l’absentéisme.
Landes : quand le kick-boxing devient une deuxième salle de classe pour les collégiens
Dans ce coin des Landes où le rugby domine les conversations, voir des collégiens en gants et casques, alignés face aux boucliers de frappe, change un peu le décor. Ces jeunes ne sont pas en option “sport élite”, mais dans un dispositif pensé pour ceux qui n’accrochent plus avec le système classique. L’idée est simple : utiliser le kick-boxing et la boxe muay-thaï comme une autre forme d’école. Sur le ring, ils apprennent ce que les profs répètent toute l’année : concentration, respect des règles, gestion de la frustration. Sauf qu’ici, chaque erreur se paye tout de suite par un coup qui passe, un cardio qui explose, un combo raté.
Le programme repose sur un emploi du temps aménagé. Le matin, retour aux bases : français, maths, histoire, dans des groupes réduits, au collège Léon-des-Landes. L’ambiance n’a rien d’un cours classique de masse. Les effectifs sont limités, les échanges plus directs, la parole circule. L’après-midi, les mêmes élèves basculent dans du concret : session de kick-boxing ou de muay-thaï, atelier skate, séance cinéma ou arts plastiques. On alterne les scènes. Un jour, c’est déplacement sur le ring, garde haute, travail de distance. Le lendemain, c’est storyboard pour un court-métrage ou séance de dessin. Le corps et la tête bossent ensemble.
Le mercredi n’est pas une parenthèse, c’est un retour au point de départ. Ces collégiens rejoignent leurs établissements d’origine à Dax, Saint-Paul-lès-Dax ou Tartas. Ils revoient leurs profs, font le point sur leur progression, leur comportement, leurs absences. Ce va-et-vient évite l’effet “bulle parallèle” où le jeune décroche encore plus du système. L’atelier relais n’est pas un exil, c’est un camp d’entraînement temporaire pour revenir plus solide dans la classe ordinaire.
Sur le plan humain, la présence de profils comme un ancien joueur de l’US Dax Rugby en tant qu’assistant pédagogique change la dynamique. Ce type de parcours parle à ces ados. Ils voient quelqu’un qui a connu les vestiaires, la pression du match, le respect du coach. À ses côtés, une coordinatrice pilote le projet, ajuste les emplois du temps, échange avec les familles et les principaux des différents collèges. L’ensemble forme un staff où chacun a un rôle bien précis, comme dans un coin de boxeur : l’un recadre, l’autre écoute, un autre explique les règles.
Les ateliers sportifs de combat, organisés notamment avec le Dax Fight Club, restent au cœur de l’expérience. Sur quatre vendredis, un entraînement hebdomadaire structuré est proposé. Échauffement rigoureux, travail technique sans contact, enchaînements encadrés, retour au calme. Les jeunes sortent rincés, mais surtout recadrés. Beaucoup témoignent que cette fatigue “propre” leur fait du bien. Yasmina et Lenny, par exemple, racontent que les séances les aident à “se défouler sans violence” et à “garder leur calme en dehors de la salle”. Ce genre de phrase montre que le message commence à passer : frapper dans des paos, ce n’est pas valider la violence, c’est la canaliser.
Résultat, ce qui ressemblait au départ à une “option cool” devient un vrai levier de motivation scolaire. Certains élèves acceptent de revenir au collège le matin parce qu’ils savent qu’il y aura la boxe l’après-midi. D’autres retrouvent le goût de l’effort et se surprennent à tenir plus longtemps sur un exercice écrit en se rappelant qu’ils viennent d’enchaîner des rounds au sac. Le ring n’annule pas la salle de classe, il la renforce. Le message implicite est clair : si tu es capable de tenir une séance de kick-boxing, tu es capable de tenir une heure de cours. Ce pont entre le physique et le scolaire, c’est ce qui donne à ces ateliers toute leur puissance.

Kick-boxing, muay-thaï et boxe : une discipline qui parle aux ados en perte de repères
Pour comprendre pourquoi ces sports de combat accrochent autant ces collégiens, il faut regarder ce qu’ils apportent au-delà du spectacle. Le kick-boxing et la boxe muay-thaï imposent un cadre que beaucoup de jeunes n’ont plus ou rejettent à l’école : horaires précis, échauffement obligatoire, règles strictes sur la sécurité, hiérarchie claire entre élèves et encadrants. Tu arrives en retard, tu manques de respect, tu te crois plus malin que la consigne : la séance s’arrête pour toi. Pas de négociation, pas de débat interminable. C’est dur, mais c’est juste.
Ces disciplines apprennent à gérer l’agressivité autrement que par le clash ou l’insulte. Dans la vie de certains de ces élèves, le conflit éclate vite : avec les profs, avec les parents, avec les autres. Sur le ring, tout est cadré : pas le droit de frapper en dehors des règles, pas de chaos, pas de coup derrière la tête, pas de contact sans autorisation. La règle numéro un : on ne se touche pas sans cadre ni accord. C’est exactement ce que répètent les instructeurs à Yasmina, Lenny et leurs camarades. Du coup, l’énergie explosive devient quelque chose de travaillé, dosé, contrôlé. Pour un ado qui se fait souvent punir pour “attitude agressive”, comprendre qu’il peut utiliser cette même énergie de façon légale et respectée, c’est un choc positif.
Le fait de travailler en non-contact accentue encore ce message. On frappe les paos, les sacs, les boucliers, jamais le visage de l’autre. On apprend une technique de frappe propre : appuis, rotation du buste, remontée de la hanche, alignement du poing. Le corps se réorganise autour d’une intention claire. L’élève n’est plus juste “violent”, il devient précis, concentré. Cette précision se transfère ensuite ailleurs : écrire plus lisiblement, aligner ses cahiers, respecter un timing. Ce ne sont pas des miracles, mais des petits déclics qui s’additionnent.
Sur le plan cardio, une séance de kick-boxing ne laisse personne indemne. Shadow boxing, déplacements, travail au sac, renforcement du gainage, tout cela forge un cardio boxe solide. Pour un collégien qui n’a pas l’habitude de bouger autrement que sur un écran, tenir plusieurs rounds représente une vraie victoire. Cette sensation de progression physique réveille souvent une autre envie : progresser aussi ailleurs. Quand tu te surprends à finir une séance que tu pensais impossible, il devient plus compliqué de dire “j’y arriverai jamais” devant un exercice de maths.
Le mental de boxeur se construit petit à petit. Travailler en binôme, accepter de corriger sa garde, encaisser une remarque du coach sans le prendre comme une humiliation, gérer la peur de se ridiculiser devant les autres… Tous ces micro-combats forgent un début de mindset sportif. Les mêmes ados qui claquaient les portes de la classe apprennent à lever la main pour demander une correction de posture ou un rappel sur un enchaînement. Le rapport à l’autorité se transforme : le coach ou l’instructeur devient un repère, pas un ennemi.
Ce changement de posture se ressent aussi dans la manière de parler. Les ados qui se définissaient comme “nuls à l’école” commencent à se voir comme “débutants en boxe”. Le mot change tout. Un débutant, ça progresse avec de la discipline, de la répétition, du temps. Ce regard plus doux mais plus exigeant sur soi-même, beaucoup ne l’avaient jamais vraiment eu. Et une fois qu’ils ont capté ça sur le ring, il devient possible de leur dire : “En cours, c’est pareil. Tu n’es pas nul, tu es en apprentissage.” La boxe sert alors de traduction, de langage commun entre éducateurs et élèves.
Au final, ces pratiques de combat ne rendent pas les jeunes plus durs, elles les rendent plus alignés. Ils commencent à comprendre une vérité que tout boxeur connaît : la vraie puissance, c’est le contrôle. Et ce contrôle, quand il se transfère dans la salle de cours, peut faire basculer un décrochage en remontée progressive.
Cette approche n’est pas isolée. Partout dans le monde, des programmes d’entraînement boxe ou de sports de combat montrent les mêmes effets sur le comportement scolaire des ados. Ce qui se passe dans les Landes entre simplement dans une mouvance plus large, adaptée ici au terrain local et à la culture sportive du coin.
Organisation des ateliers relais : un emploi du temps pensé comme un camp d’entraînement
Ces ateliers ne fonctionnent pas au feeling. Ils reposent sur une organisation précise, presque militaire, qui permet aux jeunes de retrouver des repères stables. Les jours sont structurés de façon répétitive, ce qui rassure ceux qui ont l’habitude du chaos. Les lundis, mardis, jeudis et vendredis sont dédiés à un tronc commun : le matin en salle de cours, l’après-midi en activité pratique. Le mercredi sert de journée de liaison avec le collège d’origine. Ce schéma simple crée une routine, et la routine, c’est la base de toute discipline, que ce soit en boxe anglaise, en kick-boxing ou dans les études.
Le tableau ci-dessous résume l’organisation type d’une semaine pour un élève intégré à ce dispositif :
| Jour | Matin | Après-midi | Objectif principal |
|---|---|---|---|
| Lundi | Cours théoriques au collège Léon-des-Landes | Atelier sportif (kick-boxing / muay-thaï ou autre activité) | Poser le cadre de la semaine, lancer la dynamique |
| Mardi | Tronc commun d’apprentissage en petit groupe | Skate, cinéma ou arts plastiques | Développer créativité et expression, consolider la présence |
| Mercredi | Retour au collège d’origine | Suivi individuel et point avec les équipes éducatives | Maintenir le lien avec la scolarité classique |
| Jeudi | Cours ciblés (matières où l’élève décroche le plus) | Temps de projet ou activité physique adaptée | Travailler les points faibles, valoriser les progrès |
| Vendredi | Bilan de la semaine, préparation de la suivante | Entraînement boxe avec Dax Fight Club | Canaliser la fatigue de la semaine, renforcer le mental |
Cette mécanique hebdomadaire n’a rien de théorique. Elle impacte le comportement très concrètement. Les élèves savent que le vendredi après-midi rime avec entraînement de boxe. S’ils décrochent trop dans la semaine, s’ils accumulent incidents et absences, ce créneau peut leur passer sous le nez. L’entraînement devient alors une forme de récompense, mais aussi un engagement : “Tu veux boxer ? Ok, montre que tu joues le jeu en cours”. C’est une manière de réintroduire la notion de mérite sans grands discours.
Les intervenants jouent chacun leur rôle. L’assistant pédagogique, avec son vécu de sportif collectif, insiste sur la notion d’équipe : même en sport de combat, on ne progresse pas seul. La coordinatrice gère les liens avec les familles, les principaux, les enseignants de Dax, Biscarrosse et des autres communes concernées. Les instructeurs du Dax Fight Club, eux, amènent la culture salle : “Garde haute, regarde devant, respire. Tu ne lâches pas.” Ce mélange donne aux élèves l’impression de faire partie d’un vrai projet, pas d’un simple dispositif de rattrapage.
Dans cette logique, certains principes structurent tout le dispositif :
- Régularité : venir tous les jours, à l’heure, comme on se présente à chaque round.
- Responsabilité : prévenir en cas d’absence, assumer un retard, comme un boxeur assume une erreur de garde.
- Respect du cadre : suivre les consignes, que ce soit face au tableau ou face au sac de frappe.
- Retour au groupe : revenir chaque mercredi dans son collège d’origine pour ne pas se couper de la réalité.
Ces principes, répétés calmement mais fermement, finissent par s’ancrer. Un élève qui ne savait plus quoi faire de ses journées retrouve un rythme : lever, transport, cours, entraînement, retour. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est exactement ce dont il a besoin pour se reconstruire. L’atelier relais devient alors plus qu’un simple programme : une zone tampon entre la dérive et le retour sur la bonne trajectoire.
Avec ce type d’organisation, les Landes montrent qu’on peut traiter le décrochage scolaire comme une vraie préparation physique : diagnostic, plan de travail, routine, retours réguliers, ajustements. Rien à voir avec un bricolage de dernière minute.
Dax Fight Club, action sociale et mental de combattant au service de l’école
Le rôle du Dax Fight Club va bien au-delà de la simple mise à disposition d’une salle et d’un ring. Le club assume une mission d’action sociale claire. En signant une convention avec la principale du collège Léon-des-Landes, il s’engage à ouvrir ses portes à des ados qui ne seraient probablement jamais entrés seuls dans un club de boxe. Pour beaucoup, c’est une première : poser les pieds sur un tapis, sentir l’odeur des gants, entendre le bruit sec des frappes dans les boucliers. Ce choc sensoriel marque un tournant.
Les entraîneurs ne sont pas là pour flatter les egos. Ils rappellent les fondamentaux : on se salue, on écoute, on applique. Ils positionnent les sports de combat comme outil d’éducation, pas comme défouloir sauvage. Le message est transparent : “Ici, tu viens pour progresser, pas pour jouer au caïd.” Ce ton direct colle bien à ces jeunes qui détectent tout de suite le faux-semblant. Ils sentent que les coachs ont eux-mêmes transpiré, pris des coups et appris à encaisser. La parole prend du poids.
Sur le plan technique, l’entraînement est calibré sur un public débutant. On parle de boxe débutant, avec une pédagogie accessible : bases de la garde, déplacements simples, travail de la distance, enchaînements courts type jab–cross–low kick. Aucun besoin de jargon compliqué. Le but n’est pas de les noyer sous les termes, mais de les rendre fiers d’avoir retenu un combo propre. Les séances démarrent souvent par du shadow boxing pour réveiller le corps, puis enchaînent avec des exercices à deux, des ateliers au sac, et parfois de courts circuits de préparation physique.
Le sparring, s’il existe, reste symbolique, voire absent au départ. Pas question de transformer ces ateliers en tournoi sauvage. On privilégie le contrôle et le respect. Les ados comprennent vite que toucher l’autre sans cadre, c’est la sortie immédiate. Ce type de règle, rigoureusement appliquée, renvoie une idée clé : la vraie force, c’est de savoir se retenir quand on pourrait déborder. Ceux qui ont l’habitude d’exploser au moindre conflit découvrent une forme de puissance différente, intérieure.
Ce club devient aussi un lieu où se transmettent des valeurs de lifestyle boxeur. Insister sur la tenue, sur l’hygiène (douche après l’effort, gants rangés, bouteille d’eau personnelle), c’est déjà éduquer. Certains jeunes prennent conscience qu’un corps entretenu, nourri correctement, hydraté, ça change tout dans leur journée. On évoque rapidement la nutrition sportive sans grands discours : éviter de s’entraîner le ventre rempli de sodas, penser à manger un peu avant de venir, boire de l’eau plutôt que des boissons trop sucrées. Des bases simples, mais qui, répétées, modifient leur rapport à leur propre corps.
Le Dax Fight Club souligne aussi que ce type de projet ne peut pas se déployer partout par manque de moyens. Pour l’instant, ces ateliers relais sont concentrés sur les secteurs de Dax et Biscarrosse, alors que la zone dacquoise compte une vingtaine de collèges. Le message sous-jacent est clair : la demande est plus grande que l’offre. Pourtant, l’impact sur quelques groupes suffit déjà à montrer que ce genre de partenariat a du sens. C’est une pièce de plus dans le puzzle de la lutte contre le décrochage scolaire, à côté d’autres initiatives éducatives, sociales et sportives.
En sortant des vestiaires, casques à la main, beaucoup de ces ados ne deviennent pas subitement “anciens décrocheurs”. Mais ils repartent avec quelque chose de différent dans le regard. Ils savent qu’il existe un endroit où ils ne sont pas réduits à leurs bulletins, où leurs qualités physiques, leur énergie et même leurs colères peuvent être transformées. Ce genre d’expérience laisse une trace. Et parfois, cette trace suffit pour déclencher le déclic : revenir en classe, lever la tête, tenter un exercice au lieu de lâcher dès la première difficulté.
Du ring Ă la salle de classe : comment la boxe relance la motivation scolaire
La grande question, c’est : est-ce que tout ce travail en gants se voit vraiment en classe ? Les retours des équipes éducatives montrent que oui, même si ce n’est pas magique ni instantané. Certains élèves, jusque-là absents chroniques, recommencent à pointer le nez au collège, au moins les jours d’atelier. Petit à petit, cette présence se prolonge. L’envie de ne pas rater la séance de boxe devient un levier pour ne pas rater la matinée de cours. Ce n’est pas un gadget, c’est un point d’appui psychologique puissant.
Ensuite, le mental construit sur le ring se transpose sur les tâches scolaires. Quand un prof explique qu’il va falloir s’accrocher sur un contrôle ou une rédaction, l’élève qui a enchaîné des rounds au sac comprend mieux ce que “s’accrocher” veut dire. Il sait qu’un effort peut faire mal, que la fatigue pique, mais qu’elle n’est pas mortelle. Ce lien entre effort physique et effort intellectuel, beaucoup d’ados ne l’avaient jamais expérimenté. La boxe sert alors de métaphore vivante : tu veux progresser ? Tu acceptes de galérer un peu.
Le mindset sportif infuse aussi dans la gestion des échecs. Un devoir raté devient l’équivalent d’un round perdu. Sur un ring, tu ne quittes pas la salle pour un mauvais round, tu reviens au suivant en ayant corrigé ce qui n’allait pas. Les éducateurs s’appuient sur ce parallèle. Ils parlent de “technique” aussi bien pour un enchaînement que pour une méthode de révision. On décortique l’erreur, on cherche le point faible, on remet du travail dessus. L’élève sort du “je suis nul” pour entrer dans “je dois changer ma façon de faire”.
La motivation sport devient un moteur transversal. Ceux qui ne trouvaient aucun intérêt à l’école se découvrent une envie de rester dans le dispositif pour continuer la boxe. Certains vont même plus loin et demandent à s’inscrire dans un club en dehors de l’atelier. Quand ce pas est franchi, le cercle vertueux s’agrandit : horaires d’entraînement à respecter, devoirs à caler autour, nutrition à améliorer pour mieux récupérer. Sans discours moralisateur, leur quotidien commence à ressembler à celui d’un jeune sportif engagé.
Il ne s’agit pas de transformer chaque collégien en champion, mais de lui donner des repères stables. Un style de vie plus cadré se met en place : se coucher un peu plus tôt pour tenir l’entraînement, gérer mieux son énergie, accepter la fatigue comme un signe de travail, pas comme une excuse pour tout lâcher. Cette hygiène de vie, même modeste, influe aussi sur la concentration en cours. Un corps un peu moins fatigué par les écrans nocturnes et un peu plus par l’effort réel encaisse mieux la journée scolaire.
Au fil des semaines, les équipes notent souvent des changements dans la posture corporelle des élèves. Le dos se redresse, le regard se stabilise, la parole devient un peu plus posée. Ces signes, qui peuvent sembler anecdotiques, signalsent quelque chose de plus profond : la confiance remonte. Un ado qui se sent plus fort dans son corps, plus capable d’encaisser, plus digne de respect, aura moins besoin de tout saboter pour exister. C’est ce genre de bascule intérieure que ces ateliers relais, nourris par le kick-boxing et la boxe, cherchent à déclencher.
Au final, la boxe dans les Landes ne vient pas sauver l’école. Elle lui tend une paire de gants pour l’aider à se battre autrement pour ses élèves les plus fragiles. Ceux qui montent sur le ring apprennent une vérité simple : la classe, c’est aussi un combat. Et comme sur le ring, tu ne gagnes que si tu acceptes de revenir, encore et encore, même après les mauvais rounds.
Pourquoi utiliser le kick-boxing avec des collégiens en difficulté scolaire ?
Parce que le kick-boxing impose un cadre clair, des règles strictes et un effort réel. Ces éléments parlent souvent davantage à des collégiens en décrochage que les discours traditionnels. En travaillant la discipline, le contrôle de soi et la gestion de l’effort sur le ring, on crée des ponts vers la salle de classe : présence plus régulière, meilleure concentration et rapport différent à l’autorité.
Les élèves se battent-ils réellement entre eux pendant les séances de boxe ?
Non. Les séances sont concentrées sur le travail technique, le cardio et des exercices encadrés, souvent sans contact direct. Les règles sont strictes : pas de coups portés en dehors d’un cadre très précis, sinon la séance s’arrête pour l’élève concerné. L’objectif est de canaliser l’énergie, pas de favoriser la violence.
Est-ce que ces ateliers relais existent dans tous les collèges des Landes ?
Pour l’instant, non. Les ateliers avec kick-boxing et muay-thaï sont surtout présents dans les secteurs de Dax et Biscarrosse, autour d’établissements comme le collège Léon-des-Landes. La zone compte bien plus de collèges que de places disponibles dans ces dispositifs, ce qui limite le nombre de jeunes qui peuvent en bénéficier.
Les sports de combat suffisent-ils à régler le décrochage scolaire ?
Ils ne suffisent pas à eux seuls, mais ils constituent un levier puissant. Combinés à un suivi pédagogique, à un emploi du temps aménagé et à un accompagnement éducatif, ils peuvent redonner de la motivation, du sens et de la confiance. La boxe, le kick-boxing ou le muay-thaï sont ici des outils pour reconstruire un mental et une discipline qui servent ensuite à l’école.
Comment un parent peut-il s’inspirer de ce modèle pour son enfant ?
Un parent peut encourager son enfant à pratiquer la boxe ou un autre sport de combat dans un club encadré, en insistant sur la discipline plutôt que sur la performance. L’idée est de créer un lien clair entre l’engagement sportif et la scolarité : présence en cours, respect des horaires et des devoirs comme conditions pour continuer à s’entraîner. Cela aide l’ado à comprendre que tout est lié : mental, école, sport et quotidien.
Source: www.sudouest.fr


